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Visiter le Chettinad procure un véritable enchantement. Cette région du Tamil Nadu en Inde du Sud-Est est surprenante. Ici, on se promène sur les terres des Nattukkottai Chettiars, des commerçants qui ont fait leur fortune sous l’Empire Britannique. C’est aussi une région riche en temples et en sanctuaires dont les origines remontent à celles des Tamouls. Et puis, il y a la petite ville très animée de Karaikudi.

A part Karaikudi, la région semble s’être arrêtée au 19ème siècle quand les riches marchands Nattukkottai Chettiars construisaient ces étonnantes demeures, mi-indiennes mi-occidentales, symboles de leur réussite dans les affaires. Aujourd’hui, ces splendeurs du passé souffrent d’un manque cruel d’entretien. Trois villages se partagent ce patrimoine endormi: Pallathur, Athangudi et Kanadukathan. On dénombre plus de 10 000 palais répartis sur 1550 km2.

Dans ces trois villages, le long de tranquilles rues rectilignes qui se croisent à angle droit, on peut admirer ces demeures palatiales, témoins d’une ancienne richesse. Certaines paraissent abandonnées. D’autres sont encore entretenues et louées pour des occasions comme les mariages ou des tournages de films. D’autres enfin, ont été restaurées et sont transformées en chambres d’hôte.

Auparavant nous étions sur la Côte de Coromandel et Pondichéry et nous arrivons directement de la région de Tanjore :

Visiter le Chettinad, c’est faire une immersion dans le passé colonial de l’Inde du sud-est. Les demeures palatiales construites entre le 19ème et le 20ème siècle par les Nattukkottai Chettiars, riches commerçants et banquiers, rappellent une époque révolue mais ces chefs d’œuvre demeurent et ne demandent qu’à revivre … d’une autre façon.

Comme partout, la spiritualité imprègne l’atmosphère. Sur la colline et dans les grottes de Narthamalai, sont nichés des sanctuaires et des temples de toute beauté qui n’ont pas encore été découverts par le tourisme.

On fait aussi dans le Chettinad une autre belle rencontre : sa cuisine !

Mais avant de visiter les palais Chettiars, je vous propose de faire un détour par Narthamalai pour visiter un sanctuaire sur une colline de granit rose, surplombant des rizières. Nous irons ensuite parcourir les rues de la petite ville animée et commerçante de Karaikudi.

Deux jours dans le Chettinad :

Cette vidéo de 7 minutes retrace ce séjour dans le Chettinad, au pays des riches Chettiars et de leurs demeures palatiales, témoins d’un temps révolu où le Royaume Uni régnait sur cette partie du Monde. On peut y voir aussi, la fabrication artisanale des carreaux en ciment (à partir de 5:23)

Visiter le Chettinad : L’art rupestre sur les collines de Narthalamai


Près de Narthamalai, un très petit village, se trouve des temples rupestres parmi les plus anciens. Ils sont situés sur des buttes et ont été taillés dans la roche. Notre chauffeur nous guide vers un petit temple qui se trouve au sommet d’une colline de granit rose qui se nomme Mela Malai. Il s’agit du complexe de Vijayal Choleesvaram. La colline domine les rizières et c’est un paysage coloré de verts, de bleus et d’ocre qui s’offre à nous. Les rizières sont irriguées par un grand trou d’eau. Il est 14 heures, la chaleur est infernale. Au loin, un homme fait ses ablutions dans le lac.

Un très joli Nandi nous attend à l’entrée du site qui comprend huit sanctuaires, tous dédiés à des divinités. Toutes les niches sont vides.

visiter le chettinad sanctuaire de Vijayal Choleesvaram
Vijayal Choleesvaram Sanctuaire

C’est un moment de grâce au milieu du temple que nous vivons. Nous quittons bientôt ce lieu magique après avoir passé un moment à regarder les femmes qui travaillent dans les rizières sous cette chaleur accablante.

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Rizières de Narthalamai

Pour les passionnés d’art indien voici un site très intéressant sur le sanctuaire de Narthalamai

Visiter le Chettinad : flânerie dans les rues animées de Karaikudi


Un petit tour dans Karaikudi s’impose. Nous voilà donc partis, tous les deux, pour la tournée des grands ducs, un peu à l’aventure ! Une certaine distance sépare notre hôtel du centre-ville. Nous persévérons et nous arrivons bientôt dans l’effervescence caractéristique des villes indiennes : petits vendeurs de légumes sur le trottoir, boutiques proposant toutes sortes de choses et plusieurs magasins de vente de coupons de tissus pour Saris. Nous poussons la porte de l’un d’entre eux et nous voici dans la caverne d’Ali Baba.

  • Le magasin spécialisé dans la vente des saris est immense. Le personnel nous regarde amusé. Je me place derrière les acheteuses potentielles pour profiter du spectacle : des dizaines de coupons de tissus multicolores sont déballés sur le comptoir par les vendeurs et les vendeuses. Les futures acheteuses hésitent, demandent à en voir plus. Nous admirons en silence, en suivant le jeu qui se déroule devant nous. Un vieil homme est accompagné de sa femme et de sa fille. Visiblement, il est là pour acheter des tenues pour une cérémonie de mariage. C’est lui qui paie, c’est lui qui choisit ! Nous le retrouverons au premier étage destiné aux hommes. Le rez de chaussée est consacré aux saris en coton, le 1er étage aux vêtements et accessoires pour les hommes. Nous y faisons nous aussi des emplettes : des mouchoirs en coton. Le deuxième étage propose des saris en soie, plus couteux, plus précieux. Je demande à photographier … ces messieurs acquiescent bien volontiers et … posent pour la photo.
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Antique maison aux colonnades et au riche décor intérieur reconvertie en magasin
  • Plus loin, dans la rue, ce sont les bijoutiers qui nous font signe d’entrer, ce que nous faisons bien volontiers. La boutique est pleine. Les clients font sortir les bagues, les colliers, les boucles d’oreilles. Les bijoux indiens sont très travaillés. Certains en imposent. Au bout d’un moment, nous remercions et nous sortons.
  • Nous nous retrouvons ensuite dans le quartier des antiquaires. Ici, l’on trouve toutes sortes de choses en provenance de ces fameux palais Chettiars que nous visiterons le lendemain. Il y a même de la vaisselle en provenance du japon qui n’a jamais servi.
  • Nous poursuivons avec les vendeurs de casseroles en tout genre, de râpes à noix de coco et autres ustensiles de cuisine


De retour à l’hôtel, nous nous préparons pour le dîner tout en prenant des nouvelles de la France et du monde. Ce n’est pas très réjouissant, l’épidémie de coronavirus progresse. La France est toujours en stade 2. Les nouvelles de l’Italie sont catastrophiques, nous ignorons tout de la situation au Tamil Nadu. Le dîner est délicieux mais très épicé, à la limite de l’acceptable pour nos estomacs fragiles.

Nous remarquons aussi les deux femmes d’origine indienne qui mangent devant leur chambre. Elles parlent italien. Nous savons que les riches indiens ne se rendent pas à la salle de restaurant et aiment particulièrement prendre leur repas en chambre. Leur isolement ne nous interroge pas vraiment. Le lendemain soir, nous apprendrons par un couple de français, la mère et son fils, que les hôtels sont désormais dans l’obligation de faire remplir un questionnaire à leurs hôtes étrangers et sont dans l’obligation de signaler aux autorités ceux qui sont malades. Nous commençons à redouter un simple éternuement de notre part.

Visiter le Chettinad : les palais Chettiars, splendeurs oubliées


La journée est consacrée à cette région si particulière du Tamil Nadu : le Chettinad.  Nous partons donc à la découverte de ses plus jolis villages avec ses riches palais Chettiars.

Les Nattukkottai Chettiars étaient de riches marchands, banquiers et prêteurs d’argent. Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, cette caste de marchands et de banquiers s’était enrichie sous l’Empire britannique en commerçant dans toute l’Asie du Sud-Est. Désireux d’afficher leur prospérité, ils se sont fait construire ces demeures palatiales où l’on retrouve des influences orientales et occidentales.

Influencés par leurs voyages, ils ont repensés les plans de ville et fait profiter la région rurale de tous les progrès techniques de l’époque.

Il y a 10 000 maisons réparties dans les 73 villages du Chettinad. La plupart sont inoccupées. Leurs riches propriétaires habitent désormais, soit dans les grandes villes indiennes, soit à l’étranger. Fidèles à la tradition, ils ne veulent pas s’en séparer et les louent, soit pour des tournages de films, soit pour des mariages.

Pallatur, les maisons Chettiars

Pallatur semble être figée dans un autre temps et il y a peu d’activités dans ses rues qui se croisent à angle droit. On peut y admirer un grand nombre de maisons Chettiars. Certaines sont complètement fermées et paraissent endormies dans un sommeil profond. D’autres sont plus pimpantes, ont l’air mieux entretenues. Sur celles-ci du personnel et un gardien veillent.

Solai Valartha Aiyanar Temple

Pas une journée sans un temple n’est-ce pas ? Celle-ci ne fait pas exception et nous voici au temple Solai Valartha Aiyanar.

Aiyanar est un dieu local, « un dieu de village » vénéré dans le Tamil Nadu. Cette divinité est issue de traditions animistes. Nous retrouverons ce même genre de culte plus tard dans la forêt où se trouve notre prochain hébergement, « Cardamome House« .

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Solai Valartha Aiyanar Temple fronton
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Solai Valartha Aiyanar Temple

Aiyanar, dieu protecteur, veille sur le village. Il lui amène la prospérité. Ce dieu a de multiples tâches comme celle de faire tomber la pluie salvatrice pour les cultures. La nuit venue, il patrouille dans le village pour écarter les démons. Des sculptures en terre cuite en forme de chevaux (Kutirai) ornent le temple. On y retrouve aussi toutes sortes d’animaux. Les Brahmanes de ces temples sont issus de la caste des potiers.

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Kutirai chevaux en terre cuite



Ici les préoccupations de la vie quotidienne s’expriment : mariage et naissance font l’objet d’offrande comme en témoignent ces poupées en remerciement pour la venue d’un enfant désiré.

solai valartha aiyanar temple visiter le chettinad

Nous nous approchons de la divinité et, comme à chaque fois, un prêtre nous propose une onction avec de la cendre colorée (contre quelques roupies, bien sûr).

Je profite de ce moment pour vous parler du Bindi ou « Pottu » en Tamoul. Ce point rouge que les femmes portent sur le front est le symbole de l’Inde. Traditionnellement, il symbolise le troisième œil mystique d’une personne et son rapport avec le principe universel de la création. C’est un symbole de conscience, de bonne fortune et de festivité. Au Nord, seules les femmes mariées le portent contrairement au Sud où il orne le front de toutes les femmes, y compris celui des enfants. La femme mariée rougit aussi la raie de ses cheveux au dessus du front.
Source : Les carnets de Misha

Nous nous rechaussons et reprenons la voiture pour aller visiter une maison particulière appartenant à un riche indien résidant en Chine. Près de la demeure palatiale, un bus s’arrête, des femmes descendent. Nos regards se croisent et nous échangeons des sourires. Je ne leur donne pas une minute pour fondre sur moi. Et c’est effectivement un essaim de femmes en saris multicolores qui m’entoure. La photo rituelle s’impose.

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Le Chettinad : les demeures palatiales des riches Chettiars et ses artisans


Les demeures palatiales sont construites suivant un même plan traditionnel. Ce sont les règles « vastu shastra« , la science traditionnelle de l’architecture indienne, qui déterminent l’orientation de chaque demeure ainsi que son organisation fonctionnelle. Les plus luxueux matériaux provenant du monde entier ornent ces maisons.

  • Lashmi House à Athangudi

« Lashmi House « que nous visitons obéit à ces règles. On peut y admirer des colonnes et des sols en marbre de Carrare, des plafonds sculptés en teck en provenance de Birmanie, des chandeliers et des miroirs importés de Belgique, des verreries de Murano et des horloges suisses.

Des cours intérieures succèdent aux halls d’entrée s’ouvrant sur toute la longueur de la maison. La cour centrale est entourée de petites pièces, à l’origine des chambres qui ne se visitent pas. Les pièces du bas sont d’inspiration tamoule alors que le premier étage obéit aux règles de l’architecture occidentale de l’époque avec des envolées de colonnes, de balustrades et de corniches.

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Lashmi hous hall d’entrée et hall intérieur, de part et d’autres des chambres
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Lashmi House miniatures au dessus des portes des chambres
  • Les fabricants de carrelage d’Athangudi

On trouve dans le Chettinad toutes sortes d’artisans qui travaillent le bois, le métal et qui fabriquent aussi des carreaux de ciment ainsi que des petits ateliers de potiers.

A Athangudi, c’est un fabriquant de carreaux de ciment qui nous accueille. Dans ce village, c’est toute une communauté qui fabrique du carrelage, à la main, bien sûr. Comme d’habitude, ce qui nous frappe, ce sont les conditions de travail. Je n’oublierai pas cette jeune femme couverte de poussière qui visiblement remue le ciment à longueur de journée. Pour les acheteurs potentiels, compter 4 euros pièces.

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Fabrication des carreaux en ciment à Athangudi
  • Les autres demeures palatiales d’Athangudi

  • Le palais du Rajah à Kanadukathan

Nous terminons la journée avec le palais du Rajah qui est une grosse fortune locale (cimenterie) et un repas léger au Visalam Hermitage, installé dans un manoir rénové avec de belles boiseries et des éléments art déco.

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la cuisine, l’autre trésor du Chettinad

Pour la première fois de notre séjour, le ciel est menaçant et notre retour à l’hôtel se fait sous une pluie battante. Des eaux très noires charriant toutes sortes de choses ne tardent pas à inonder la ville faute d’écoulement. Nous restons à l’hôtel. Le dîner se fait en compagnie de français, la mère et le fils et devinez sur quoi porte la conversation ? … Nous apprenons que l’hôtel leur a fait remplir, à leur arrivée, un questionnaire sur leur état de santé. Parmi les questions bien sûr, il y a : « toussez-vous » ? « Avez-vous mal à la gorge » ? « Avez-vous de la fièvre » ? Nous commençons à sentir que le coronavirus préoccupe les Tamouls mais nous ignorons jusqu’à quel point. Notre chauffeur n’a pas changé d’attitude, la population non plus, notre hôtel ne prend pas de précautions particulières. Nous partons pour Madurai, capitale culturelle et spirituelle.

Crédits photos ©desroulettessouslespieds

Lorsque les voyages reprendront, seriez vous tenté, vous aussi, de visiter cette région du Tamil Nadu ?

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